Des chronos fous, un doublé marquant pour Ben Dhiman et Blandine L’Hirondel, mais l’après-UTMB se joue aussi sur un autre terrain, bien plus sensible.
En bref
- Dhiman et L’Hirondel ont marqué l’édition
- Chamonix veut freiner la pression commerciale
- La météo a changé la course
Le plus marquant, cette année, n’est peut-être pas seulement la victoire. UTMB 2026 a pris une ampleur de championnat mondial, pendant que Chamonix commence franchement à se demander jusqu’où laisser grossir la machine.
Chamonix applaudit, puis regarde la taille prise par l’événement
Du côté de la vallée, le signal est clair. Le nouveau maire, François-Xavier Laffin, veut mieux encadrer l’expansion de l’épreuve et surtout les activations commerciales montées par les marques hors du dispositif officiel.
Ce n’est pas un détail. Trail Runner décrit désormais Chamonix comme la référence mondiale du trail, mais note aussi que la multiplication des opérations marketing parallèles inquiète les habitants comme les autorités locales. Au même moment, UTMB accélère encore sa mondialisation avec 10 événements diffusés en direct dans sept pays en 2026, via L’Équipe, DAZN, Eurovision Sport, iQIYI, auxquels s’ajoutent FloSports aux États-Unis et Tencent en Chine. Et HOKA, partenaire jusqu’en 2028, associe désormais son nom aux finales et aux Majors.
Des vainqueurs solides et une course lancée à une allure folle
Sportivement, quand même, il y a eu du lourd. Ben Dhiman gagne en 18 h 16 min 29 s, devant Baptiste Chassagne en 18 h 47 min 38 s. Caleb Olson complète le podium 46 secondes plus tard.
C’est la première fois que trois hommes passent sous les 19 heures sur l’UTMB. Petite nuance, importante pour les puristes, iRunFar rappelle que le temps de Ben Dhiman ne peut pas être homologué comme record du parcours, le tracé ayant été modifié tardivement à cause de la météo.
Chez les femmes, Blandine L’Hirondel s’impose en 21 h 54 min 49 s devant les Américaines Rachel Entrekin et Emily Schmitz. Elle devient la deuxième femme à avoir remporté OCC, CCC et UTMB. Et la première Française à gagner l’UTMB depuis Caroline Chaverot en 2016.
Le regard américain ne raconte pas tout à fait la même histoire
Vu des États-Unis, le récit dépasse la seule victoire de Ben Dhiman, déjà deuxième l’an dernier. Ce qui frappe, c’est la profondeur du peloton américain, avec Dhiman premier, Olson troisième, puis Entrekin et Schmitz sur le podium féminin.
Le cas Rachel Entrekin a aussi fait parler. Trail Runner souligne que son profil avait été sous-évalué par l’UTMB Index, notamment parce que le système compare encore les performances féminines à des références masculines. Résultat, elle n’apparaissait pas dans les grandes présentations des élites avant de finir deuxième pour son premier UTMB. Le débat sur les biais des algorithmes, lui, est bien lancé.
La montagne a rappelé qu’elle décide encore
Mais la course n’a jamais totalement échappé au terrain. Le départ a été repoussé de deux heures, de 17 h 45 à 19 h 45, à cause des orages, et la section technique des Pyramides Calcaires a été contournée.
Il y a eu aussi les abandons de Courtney Dauwalter, après environ 68 km, et de Vincent Bouillard, déjà sorti dans la nuit. Sur l’OCC, plusieurs coureurs ont écopé de cinq minutes de pénalité pour avoir coupé des lacets. Pour Trail Runner, ce durcissement touche à la fois à l’équité sportive et à la protection des milieux alpins fragiles. Et c’est peut-être ça, le vrai nœud du dossier.