Dans le trail long et l’ultra, la résilience mentale pèse lourd sur la performance. Les études commencent enfin à confirmer ce que les coureurs disent depuis longtemps.
En bref
- Le mental pèse lourd en ultratrail
- Des études le relient à la performance
- Le soutien social compte aussi
Sur un ultra, beaucoup arrivent avec un plan d’entraînement carré, du matériel trié, une stratégie nutrition verrouillée. Et pourtant, ce n’est pas là que tout se joue. Dans le trail longue distance, le point faible, ou la marge de progression, reste souvent ailleurs, dans la capacité à encaisser, à s’adapter et à repartir après un coup dur.
Le corps est prêt, mais ça ne suffit pas
Prenez des courses comme la Western States 100. Presque personne ne s’y présente sans des mois de préparation, parfois avec un coach, des protocoles d’acclimatation à la chaleur, un réglage précis de l’hydratation, de l’alimentation et du matériel. Le physique est bossé au millimètre.
Mais en face, il y a des terrains exigeants, des heures d’effort, des hauts, des bas, et parfois ce moment où les jambes suivent encore moins bien que la tête. Ou l’inverse. C’est aussi ce qui explique l’attrait de courses mythiques comme la Barkley Marathons, la Hardrock 100, la Badwater 135 ou les formats backyard, où gagne le dernier concurrent encore debout. Le défi y est autant psychologique que physique.
Ce que la recherche commence à confirmer
La communauté du trail le répète depuis des années, on court autant avec la tête qu’avec les jambes. Cette fois, la science commence à suivre.
Une étude a observé que les ultramarathoniens, comparés aux non-coureurs, paraissent plus résilients, plus enclins à la réévaluation positive, moins portés sur l’extraversion affiliative et aussi moins sensibles, sur le plan physiologique, aux stimuli émotionnels négatifs. En 2023, un autre travail mené sur des coureurs d’ultratrail a confirmé que la combinaison entre force mentale et résilience influence directement les variations de performance. Les chercheurs y voient deux des outils psychologiques les plus puissants dont dispose un ultra-traileur.
La résilience, concrètement, c’est quoi
Pour Neal Palles, spécialiste de la performance mentale et entraîneur en ultratrail, la résilience correspond à « la capacité à se remettre de l’adversité et à gérer des expériences difficiles ».
Dit autrement, ce n’est pas juste serrer les dents. Il faut aussi une forme d’optimisme et un fort sentiment d’autoefficacité, donc la conviction qu’on peut faire face. Ces qualités comptent en course, bien sûr, mais aussi sur la durée, quand il faut rester régulier à l’entraînement et faire cohabiter sport, travail et vie de famille.
Même en ultra, on ne tient pas seul
C’est un point intéressant, et parfois un peu contre-intuitif. La résilience ne se construit pas seulement en solitaire.
Neal Palles insiste sur un ingrédient central, l’existence d’un entourage soutenant. Ça bouscule l’image du coureur d’ultra totalement autosuffisant. Les personnes qui disposent de relations solides et d’un vrai réseau d’appui affichent souvent une meilleure résilience, ce qui les aide à traverser les galères de préparation comme les imprévus inévitables en course. Bref, même sur un sentier perdu, on ne tient pas vraiment seul.