Entre peur d’aller au bout, peur du mur et angoisse très concrète du ventre, une coureuse recadre ce que redoutent les primo-marathoniens.
01En bref
- Trois peurs dominent avant un premier marathon
- Le ventre peut lâcher, et ce n’est pas rare
- Le mental change souvent toute la course
Le marathon fait peur pour des raisons très concrètes. Pas seulement le chrono ou les 42,195 km. Chez beaucoup de coureurs, les angoisses reviennent toujours au même endroit, le ventre, le mur, puis l’idée de rater sa journée.
Trois angoisses que tous les marathoniens connaissent
Dans une communauté de coureurs réunie sur Strava, trois craintes sortent du lot pour un premier marathon. D’abord, la peur très prosaïque de se faire dessus. Ensuite, celle de frapper le mur dans les derniers kilomètres. Enfin, la plus vaste, la peur de l’échec, sous toutes ses formes, ne pas finir, louper un objectif, manquer une qualification pour Boston, ou simplement estimer que tous les sacrifices n’ont servi à rien.
Ce trio, franchement, raconte bien ce qu’est un marathon. Une épreuve longue, imprévisible, où le corps et la tête négocient en permanence.
Le tabou du ventre, du mythe Uta Pippig à la réalité
L’image qui reste, c’est celle de Uta Pippig, victorieuse à Boston malgré une diarrhée visible sur les jambes, lors d’un troisième succès de suite. Pour une jeune coureuse de 14 ans, cette scène racontée par son entraîneur, Coach DeLong, avait suffi à rayer le marathon de la liste des objectifs pendant quinze ans.
Plus tard, en préparant New York en 2011 avec un rêve de moins de 2 h 30, donc une place potentielle dans les primes, la question est revenue. Très concrètement. Pendant la prépa, certaines sorties avaient déjà fini en arrêt improvisé au bord du chemin. Elle a alors demandé conseil à Kara Goucher, Paula Radcliffe et Stephanie Bruce. Leurs réponses allaient dans le même sens, surveiller les fibres, lever le pied sur le café, réduire le risque, oui. L’éliminer totalement, non.
Et si ça arrive, la règle est simple. S’il y a des toilettes, on s’arrête. Sinon, la honte n’a pas grand intérêt sur un marathon.
Prendre le mur n’est pas glorieux, mais ce n’est pas une honte
L’autre grande peur, c’est le mur. Cette sensation de panne sèche qui transforme les derniers kilomètres en survie. Le regard proposé ici est assez juste, je trouve. Se mettre dans cet état, sur un premier marathon, suppose déjà d’avoir un corps capable d’encaisser la préparation, et l’envie d’essayer quelque chose de difficile.
Oui, cela peut révéler une allure mal calibrée ou une nutrition ratée. Mais ça dit aussi qu’on a osé. Et ça, sur une distance pareille, compte quand même.
L’échec change de visage quand on change le récit
La peur de rater empoisonne souvent plus de kilomètres que les jambes. Marianne Elliott le résume bien, « J’avais peur d’échouer, peur de ne pas pouvoir le faire. J’ai couru avec mon doute et ma peur pendant bien trop de miles, et j’ai aspiré presque toute la joie de la course ». La leçon est venue ensuite, en suivant un conseil de Devon Yanko, partir convaincue qu’elle finirait et ne plus lâcher cette confiance.
Même ton chez Sean Schmidt, qui explique, « Le meilleur dans ces défis, c’est de surmonter les obstacles rencontrés pendant la course, quels qu’ils soient ». Bref, le premier marathon ne promet pas une journée propre, parfaite ou linéaire. Il promet mieux, une vraie aventure. Et pour pas mal de coureurs, c’est précisément pour ça qu’ils y vont.